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Art Brut de la Collection Hervé Lancelin

Ces oeuvres tirées de la Collection Hervé Lancelin sont un ensemble d’oeuvres rassemblées au gré de l’apprentissage progressif du collectionneur à l’art brut.

Cet ensemble évolue continuellement et présente des oeuvres des artistes suivants : Johann Fischer, Johann Garber, Michel Nedjar, Franz Kamlander, Johann Korec, Oswald Tschirtner, August Walla, Aloïse Corbaz, Friedrich Schröder-Sonnenstern, Harald Stoffers, Melvin Way, Joseph Lambert, Pascal Tassini, Yoshiyasu Hirano (平野 喜靖), Donald Mitchell, Dan Miller, John Ricardo Cunningham, Giovanni Bosco, Dwight Mackintosh, Jill Gallieni, Leopold Strobl, Jean Perdrizet, Eric Benetto, José Manuel Egea, Anibal Brizuela et quelques autres.

Faute de disposer d’un lieu à l’année, ces oeuvres ne sont montrées que de façon dispersée dans des expositions muséales d’art brut et à raison d’une exposition par an à la Pinacothèque au Luxembourg. L’inventaire et la mise en ligne de cet ensemble sont en cours de réalisation.

« Pour le spectateur encore plus que pour l’artiste, l’art est une drogue à accoutumance » (Marcel Duchamp)

Oeuvre illustrée ci-dessus :
Pascal Tassini, Sans Titre, circa 2010, assemblage textile noué, 68 x 157 x 32 cm

Introduction à l’Art Brut

Par Christian Berst

Préface au catalogue L’art brut : Une histoire de mythologies individuelles à l’Oliva Creative Factory, Collection Treger/Saint Silvestre, mai 2016-août 2017.

On ne peut comprendre la notion d’art brut sans s’intéresser à la généalogie de la pensée qui l’a fait naître : d’abord l’idée aristotélicienne selon laquelle le génie et la folie sont indissociables, puis, à l’orée du XXe siècle, la prise en compte des cultures non-occidentales et les révolutions de l’art moderne et de l’exploration de l’inconscient. Voilà, en substance, ce qui nous a permis d’envisager ces productions auxquelles la culture académique ne nous avait pas préparés.

Le terme d’art brut lui-même, inventé par Jean Dubuffet en 1945, désigne ainsi des créations produites par des personnalités dont l’altérité sociale ou mentale les exonère souvent largement des courants dominants de la culture.

Un art de fous, de médiums, de personnalités extraordinaires prises de fièvre créatrice. Ces artistes, qui ne se revendiquent pas comme tels, transgressent les normes de l’art établi sans se soucier d’exposer ou de vendre ; le plus souvent ils se cachent et n’ont d’autre finalité que de créer. Créer comme on respire, comme on bâtit un monde à sa (dé)mesure, comme on renoue le lien avec l’univers. Créer comme pour témoigner de notre mystère d’être au monde. Comme pour élucider notre destin. En définitive, revenir à la genèse de l’art, à sa métaphysique, au travers de mythologies individuelles qui ne connaissent ni limites formelles, ni historiques, ni géographiques ou culturelles.

En rejoignant désormais les collections des plus grands musées au monde – comme le Moma, le Centre Pompidou, la Tate Modern ou le Metropolitan, en irriguant aussi abondamment les Biennales de Venise de 2013 et 2017, en suscitant un nombre toujours croissant d’expositions, de publications, de colloques et de réflexions, l’art brut est devenu, au tournant du XXIe siècle, le champ le plus vivifiant de l’art. Celui qui affole les boussoles et nous apprend – ainsi que nous l’enseigne l’art – à fuir les dogmatismes, voire à entreprendre une courageuse mais salutaire réécriture de l’Histoire de l’art. En revenant ainsi à l’originelle pulsion créatrice qui habite l’Homme.

(Texte reproduit avec l’aimable autorisation de son auteur)

Johann Korec, « Die Haselgraber Stefi… », 1981, gouache et encre sur papier, 14,6 x 10,3 cm

Melvin Way, « Pyroglutamic », 2015, stylo, marqueur et ruban adhésif sur papier, 19 x 15 cm